Dans sa communication avec autrui, l’individu sera amené à faire l’examen de ses propres automatismes de langage et à faire une observation patiente et minutieuse du décalage qui peut s’instaurer entre ce qui, dans son verbe, le manifeste le mieux dans sa vibration première et ce qui vient s’inviter comme une forme de parasitage identitaire dû au fait que la parole s’est retrouvée réduite, par l’action des forces retardataires relayées par le conditionnement sociétal ambiant, à l’état d’instrument de contrôle de soi et d’autrui utilisé machinalement pour juguler ce qui au fond constitue chez l’individu un profond sentiment d’insécurité que l’égo ressent intimement à travers différentes impressions et petites tensions internes vis-à-vis desquelles il n’a jamais appris à être à l’écoute car aucune instruction en ce sens n’a existé jusqu’alors. Ainsi, même s’il la perçoit vaguement dans ses corps, l’individu se voit souvent incapable d’identifier la source mémorielle réelle de son insécurité et a alors le réflexe de s’expliquer ses propres tensions en les mettant automatiquement sur le compte d’une insuffisance en lui, d’un sentiment de se sentir victime de l’évènement, ou encore sur le compte de l’autre qu’il a le mouvement de juger sur la base de son système de valeurs interne érigé en croyance pour assurer les piliers de sa fausse identité. Cette mécanique psychologique télécommandée par l’action du mémoriel involutif en lui condamne l’individu à demeurer coupé de lui-même dans la compréhension intégrale de qui il est. De ce fait, il a tendance à investir la communication sous les masques qui lui servent inconsciemment de paravent pour ne pas aller trop loin dans sa sensibilité qui lui fait trop mal du fait qu’il ne l’a jamais contactée dans la conscience des processus occultes qui l’ont diffractée. Cette coupure vis-à-vis de son propre centre et de sa propre sensibilité qui a pour effet de dévitaliser sa parole, limite l’individu à des échanges verbaux où se rejouent potentiellement les mêmes formes dont la répétition finit par lui donner un vague sentiment d’appauvrissement interne qu’il vit, sans toujours se le dire, comme une sorte de fatalité. Ce sentiment diffus de fatalité qui peut même se banaliser au fil des expériences récurrentes de communication entre des fausses identités qui ne savent pas toujours qu’elles ne sont pas réelles dans l’expression d’elles-mêmes, peut amener l’individu à déserter les échanges car il ressent en lui un malaise de plus en plus grand qui est le reflet de sa difficulté à manifester ce qui est réel en lui c’est-à-dire ce qui se situe au-delà des voiles psychologiques colorant son rapport à lui-même et à autrui par des fausses impressions issues de ses projections égotiques voire par un total aveuglement de ce qui vibre subtilement en lui et en l’autre. Dès lors que ce type de difficulté émerge, des modes de compensation émergent spontanément à leur tour et se traduisent par une accentuation de formes d’échanges d’énergie constamment parasitées par l’insécurité de l’individu et par tout ce que cette dernière entraîne, à savoir des systèmes de défense, d’autojustification, de pression affective, dans une communication qui devient un jeu relationnel où la domination plus ou moins subtile d’un égo sur l’autre règne en maître. Cela a pour effet de renforcer cette difficulté qu’a l’individu d’apparaître d’abord à lui-même et ensuite à autrui dans la transparence de ce qu’il est dans sa sensibilité réelle car le jeu de pouvoir qui s’instaure insidieusement dans la communication devient trop menaçant pour la sécurité de son égo. Pour survivre à cela, l’égo croit qu’il n’a pas d’autre choix que d’user de cet arsenal de ressorts psychologiques dont l’effet est de vider la communication de sa vocation première de création instantanée et continue d’exploration de soi et du monde dans la réjouissance de s’ouvrir à l’autre sans se sentir menacé. Ce faisant, l’individu vit une profonde solitude qu’il tente de justifier au-dedans de lui en se blâmant, en blâmant autrui ou encore en blâmant l’évènement, c’est-à-dire en diffractant ses énergies pré-personnelles afin de conserver sa cohérence psychologique interne qui a toujours été son cadre de référence et qui lui donne l’impression, en se donnant raison, de pouvoir faire face à ce qui au fond crée le désert et la division entre lui et autrui. Cette rationalisation de la division douce ou brutale dans la communication est un piège pour l’individu qui doit arriver un jour à la compréhension que la masse des pensées, des émotions, des impressions qui viennent allumer en lui tout le registre des insécurités engrammées dans son système nerveux est un mensonge monumental venu de l’influence des plans invisibles sur sa psyché pour se nourrir de ses divisions internes. Lorsqu’il en prendra l’entière mesure, l’individu pourra commencer à faire voler en éclat tout ce qui de près ou de loin vient menacer sa relation à autrui car il aura définitivement compris qu’un des paramètres de vie les plus essentiels pour l’intégration du principe de l’amour universel repose sur son aptitude à tout faire pour préserver la relation à l’autre afin de bénéficier d’une circulation libre d’énergie avec lui. En devenant libres de tout assujettissement aux forces retardataires qui viennent créer toutes les formes de division possibles et imaginables entre eux, les individus s’offrent alors mutuellement, par leur volonté, leur discernement absolu et leur amour, leur structure et leur sensibilité singulières pour grandir en conscience.
Sandrine Vieillard