Le plaisir que l’individu peut développer à entrer, par la communication, dans la fréquence vibratoire de l’autre est un plaisir qui ne peut pas s’envisager à partir des prémices déjà connues de ce que l’on projette habituellement psychologiquement sur la notion de plaisir. Non pas parce que ce plaisir serait quelque chose à survaloriser du fait qu’on le juge rare dans la sphère des possibles, mais parce qu’il n’appartient nullement au registre de ce que les individus ont eu coutume dans leur condition involutive de se donner comme plaisir dans leur relation à autrui. Ce plaisir ressemble à une disposition interne de l’individu qui, au contact de l’autre, se trouve complètement indemne de tout magnétisme et de toute tension dans ses propres corps pour ouvrir un canal de communication qui lui permet, dans la transparence que lui offre cette disposition, d’être dans une présence à lui-même pour recevoir les informations sensibles venues d’autrui afin d’y reconnaître la vibration qui crée potentiellement la beauté en lui. Ce quasi-miracle de communication qui peut apparaître à l’individu à peine sorti de ses cadres habituels de référence annonce le déploiement de sa capacité de plus en plus grande à apparaître à lui-même et à l’autre dans sa transparence sans plus jamais se sentir menacé. Ce déploiement graduel nécessite pour l’individu d’avoir traversé les affres de sa déchirure, on pourrait dire de ses déchirures universelles, pour expurger toutes les souffrances susceptibles encore de vibrer aux voiles mémoriels involutifs encore actifs dans la psyché d’autrui en résonance avec la sienne. Ce déploiement ayant par ailleurs été accompagné d’un puissant processus de restructuration de l’ego de l’individu, ce dernier n’a plus l’ancienne structure psychologique pouvant l’inciter à exploiter la communication à son propre compte pour se donner une quelconque valeur individuelle, c’est-à-dire pour réassurer un égo qui, à ce stade de son évolution n’a plus besoin d’être rassuré sur le réel de qui il est. Ce faisant, l’individu commence à goûter à la beauté de ce que cela fait d’être dans une relation d’égal à égal dans laquelle plus aucune forme de domination venue des souffrances intimes non traversées n’a voix au chapitre.
Sandrine Vieillard