Lorsque l’individu décide de rentrer dans ses ressentis pour les visiter plutôt que pour les subir ou les éprouver tels des émergences dictatoriales qui viennent colorer son mental et lui faire potentiellement projeter des filtres psychologiques sur ce qu’il vit, il s’aperçoit que cette aventure qu’il commence à opérer en lui et pour lui l’amène à des frontières perceptives qu’il lui suffit de dépasser par la volonté et la clarté de sa psyché pour entrevoir l’infini en lui. Pourtant, l’approche de ces frontières est le plus souvent souffrante pour l’individu car il se butte assez rapidement à des ressentis corporels dont la tonalité peut déclencher en lui des impressions de vide, d’aspiration, de complète perdition, d’inquiétude diffuse, de panique larvée, de blanc psychique, c’est-à-dire tout ce qui le ramène au point traumatique expérientiel de coupure entre son égo manifesté dans sa condition incarnée et sa qualité originelle de nature cosmique encore non manifestée du fait même de cette perte d’intégrité identitaire vécue à ce point de rupture qu’est la chute de son âme dans la densité de la matière. Cette souffrance quasi réflexe qui rend l’individu timoré face à l’immensité de qui il est, demeure, dans le cours actuel de son évolution, l’interface avec laquelle il est amené à négocier psychiquement pour transformer la totalité des peurs que ces souffrances font remonter, en puissance intérieure permettant de faire exploser toutes les formes limitatives cristallisées par le biais de croyances dont les couches nombreuses deviennent, au fur et à mesure des décoffrages psychologiques qui se succèdent, de plus en plus ténues et donc de plus en plus subtiles. À ce stade, l’individu comprend qu’il est amené à se renouveler entièrement dans sa psyché pour laisser pénétrer en lui la vastitude qui constitue sa nature première. De cette compréhension, il tire le savoir que les souffrances régulières qu’il vit et celles qui viennent parfois aussi brèves qu’intenses sont des ajustements de ses corps pour la pénétration de sa lumière.
Sandrine Vieillard