155 L’individu face à la mécanique intime de son découragement

Chaque fois que l’individu sent au-dedans de lui une impression tenace et implacable dans son mouvement qui lui signifie quelque part qu’il n’y arrivera pas, qu’il n’en a pas la force, ou encore que c’est inatteignable, il vit en lui la pénétration d’une énergie dont la dimension irrésistible et soudaine déclenche avec elle toute la circuiterie hormonale, nerveuse et émotionnelle de son corps qui vient assoir son empire sur ses sens afin que ces derniers viennent relayer et cristalliser son impression psychologique de vivre une impossibilité à… Chaque fois que l’individu vit en lui cette forme intérieure de découragement dont il ignore totalement la provenance mais dont il connaît parfaitement et depuis très longtemps, comme une forme d’habituation pavlovienne, les effets que cela lui fait dans son corps, il tente alors immédiatement, par besoin de cohésion interne, de rationaliser son vécu en réfléchissant sa pensée pour trouver coûte que coûte des raisons psychologiques à ce qui le traverse si subrepticement. Ces raisons psychologiques sont toujours en rapport avec une forme de jugement polarisé de lui-même, de l’évènement qu’il traverse ou encore d’autrui, débouchant irrémédiablement vers une division intérieure qui n’est autre qu’une souffrance qui ne dit pas son nom. L’extrême brièveté des assauts de ces impressions est un élément qui fait partie de l’efficacité avec laquelle l’individu se retrouve psychologiquement prisonnier de son vécu car il se met à croire que ce qui vient de le traverser fait partie intégrante de lui-même et que ce qu’il vit intérieurement le définit. Ce faisant, l’individu intègre progressivement non seulement qu’il a raison de penser ce qu’il pense vis-à-vis de ce qu’il ressent et donc de lui-même dans une forme de jugement de valeur, mais aussi qu’il est normal que ce qu’il ressent émerge en lui car il a déjà imprimé au-dedans de lui les pensées qui viennent rationaliser et donner une forme de justification à ce vécu. Ce cercle vicieux qui s’opère dans la stricte intimité psychique de l’individu, qui est donc rarement voire jamais mise en cause par la parole circulant librement à travers sa conscience et celle d’autrui, est d’une très grande puissance et devient, par son emprise, la source première de l’assujettissement de l’individu à ce qu’il croit être à travers la forme (dé)valorisée qui s’impose à lui. Lorsque l’individu commencera à dévoiler pour lui-même cette mécanique puissante qui s’impose à sa conscience pour le cantonner à une fausse image de lui-même et pour le restreindre à un rapport distordu à autrui, il s’apercevra que la masse considérable d’impressions qui le submergent intimement pour le limiter dans sa manière de se vivre est une accumulation de mensonges auxquels ses corps ont été conditionnés. Une fois qu’il aura pris pleinement conscience de cette prison interne, il pourra se mettre à pied d’œuvre pour neutraliser ces mensonges et recouvrer un espace psychique dans lequel il ne subira plus aucune pollution.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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