154 L’individu face à l’attente, l’ennui, l’inertie

L’attente inquiète que l’individu peut connaître dans son existence vis-à-vis de toute chose, évènement ou personne, lui signale la présence d’une dépression interne qui le renvoie à une insécurité plus ou moins diffuse en lui. Lorsque l’attente se montre à lui comme quelque chose qui vient siphonner son énergie propre, l’individu peut commencer par changer le processus habituel de se laisser capturer par elle dans son corps émotionnel pour la regarder comme une qualité d’énergie extérieure à lui. Ce faisant, l’individu pourra constater que son attente, qui fait monter en lui diverses impressions dont le facteur commun est l’intranquillité, est un phénomène qui rejoue une sorte d’inertie liée à une mémoire venue des abîmes où l’âme a vécu le traumatisme absolu de sa chute dans la densité de la matière l’ayant arrachée à sa nature première. Cette perte d’identité, cette dépossession qui crée l’arrêt du mouvement de la vie, c’est-à-dire l’inertie, peut se rejouer autant dans la forme de l’attente que dans d’autres formes comme l’inaction, ou encore l’ennui du fait par exemple de la mise en suspens des stimulations que le monde extérieur exerce sur lui. Dans un cas comme dans l’autre, le premier mouvement de l’individu est de compenser ou de fuir au mieux qu’il peut cet état afin de se tenir éloigné de ces abîmes qui lui font trop peur car elles représentent en lui son propre anéantissement psychique. Pourtant, cette insécurité liée à l’attente anxieuse ou à toute forme d’inaction renvoyant à cette inertie morbide est le point aveugle de la conscience de l’individu qu’il sera tôt ou tard amené à dévoiler pour la renverser par la compréhension intégrale de ce qui se joue en lui. Ce dévoilement et ce renversement, qui constituent le seul moyen d’en finir avec ce qui le ramène toujours au bord du gouffre, consiste pour l’individu à aller sciemment à la rencontre de ce qui en lui produit cette aspiration vers une mort de lui-même pour la laisser le traverser sans se sentir englouti par elle. Cette capacité de ne pas se sentir sombrer dans les abîmes repose sur l’aptitude de l’individu à les voir pour ce qu’elles sont, à savoir l’agrégat d’un mémoriel involutif qui a maintenu durant des millénaires l’individu dans une méconnaissance absolue de qui il est dans son immortalité de conscience. Scient de cela, l’individu peut alors être en mesure de convoquer à sa table cette énergie pervertie qu’est l’inertie pour l’instruire que la forme de dépossession de soi à laquelle elle participe par son action ne peut d’aucune manière définir le périmètre de sa conscience. Dès cet instant, l’individu cesse de s’identifier à elle et d’en avoir peur et se voit en mesure de réhabiliter en lui la liberté psychique qui lui est due.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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