Lorsque l’individu se voit en mesure d’entrer dans le territoire de l’autre sans déranger sa sensibilité, il fait l’expérience d’une libre circulation des énergies pré-personnelles qui soutiennent sa conscience et celle d’autrui. Pour cela, l’individu doit avoir suffisamment endurer l’espace et le temps avec soi, en soi et pour soi afin de s’étudier et se corriger dans ses propres failles psychologiques par lesquelles pénètrent les influences innombrables du mémoriel involutif de l’humanité qui le maintiennent dans une fausse identité de lui-même, le rendant ainsi aveugle à lui-même et par conséquent aveugle à la sensibilité de l’autre. Cette prise de contact profonde et continue avec ce qui est réel en l’individu devient pour lui l’assise d’une confiance intégrale qui lui permet d’aller au contact de l’autre en étant débarrassé de toutes formes de projections, d’attentes ou de jugements qui sont le reflet des zones d’insécurité demeurées opaques à sa conscience. Entrer dans le territoire de l’autre sans déranger sa sensibilité devient du grand art qui n’est pas mue par la volonté égotique de faire du grand art mais qui émerge instantanément à partir de la transparence que l’individu acquiert au fil du temps dans sa définition identitaire d’une part et dans la traversée de sa propre vulnérabilité d’autre part. Dans ce cheminement l’individu peut alors toucher à sa grandeur propre dont la manifestation ne s’appuie sur aucune domination, fuite, ou jugement à l’égard d’autrui car l’individu se sait suffisamment pour apparaître dans sa sensibilité sans jamais se sentir menacé.
Sandrine Vieillard