Lorsque l’individu est pris dans la myriade des évènements, des propos, ou des comportements contradictoires ou opposés à ce que lui-même manifeste dans ce monde, il peut avoir une tendance instantanée à recevoir ces contradictions et ces mouvements opposés à son système de valeur en les colorant pour les juger ou encore pour les rejeter. Dans ce mouvement instantané, quasi automatique, l’individu ne voit pas, s’il ne s’examine pas de près, qu’il tombe dans un piège consistant, du fait de son besoin de sécuriser ses assises identitaires face à ce qu’il pense être étranger à ce qu’il croit être son individualité, à alimenter, par l’utilisation des mêmes formes de rationalisation, la division entre lui et autrui. Ce réflexe peut s’exprimer chez l’individu au point de devenir pour lui la seule façon d’être au monde, laquelle repose sur la croyance, vissée dans sa psyché et ses corps, que pour construire ce qu’il croit être une forme d’intégrité identitaire, il n’a pas d’autre moyen que de créer une séparation entre son propre système interne d’évaluation et les valeurs d’autrui qui n’en font pas partie. Cela conduit l’individu à se voir défendre automatiquement les pré-carrés de son système identitaire qu’il a rationalisé et éprouvé dans sa vie pour se donner une notion de qui il est. Dans cette logique, l’individu se construit une identité par comparaison avec celle d’autrui, générant ainsi automatiquement une autre tendance limitante de comparaison qui elle-même vient nourrir toutes les mécaniques de jugement permettant à l’égo de se donner raison dans cette tentative de survivre dans un monde où le délabrement manifesté par les pertes de repères vient exacerber ce cercle vicieux. Ce faisant, en s’accrochant à tout ce qu’il a d’intellectualité pour construire, déconstruire, approuver, contredire les agissements ou les non-agissement, les événements ou les non-évènement, l’individu épuise toute son énergie psychique pour tenter de se situer et de trouver une cohérence interne à sa vie dans un environnement qui ne cesse de lui envoyer des stimulations contradictoires auxquelles il répond mécaniquement. Lorsque l’individu sera parvenu à la compréhension que son intégrité identitaire se situe en dehors de sa rationalité mentale qui l’assujettit à la condition de se comparer en permanence au système identitaire d’autrui pour se trouver une légitimité à être au monde, laquelle tentative ne trouve jamais d’issue puisqu’elle le condamne à sans cesser se couper d’autrui par les divisions que son système de comparaison crée, il sera alors prêt à regarder à l’intérieur de lui-même pour aller à la rencontre de ce qui est universel en lui. À savoir un principe de vie ou l’intelligence du vivant à l’œuvre ne tolère plus aucune division interne ou inter-individuelle, car ce principe, au contact duquel la sensibilité de l’individu devient de plus en plus grande et subtile, deviendra la boussole de sa conscience.
Sandrine Vieillard