La noirceur des abysses et du mal-être qu’elle produit peut avoir sur l’individu cet effet fascinant, du fait de l’envoûtement que cette noirceur exerce sur lui, de se donner une importance démesurée par rapport au reste du monde dans le sentiment de toucher à la part la plus ombrageuse de sa conscience dont la vibration est parfaitement ajustée pour faire croire à l’égo qu’il est unique à vibrer à elle avec une telle intensité. Cette forme de possession de la conscience de l’égo qui se croit unique est une soumission aux forces descendantes les plus primaires qui lui font miroiter l’illusion qu’il détient une puissance de destruction à la mesure de ce qui l’habite, lui laissant le goût d’un orgueil indéfectible avec lequel il se mesure à autrui parce qu’il ne connaît que le rapport de force vis-à-vis de ses semblables. L’autre devient ainsi potentiellement et selon les humeurs qui viennent manipuler la psyché un être sans valeur toujours jugé comme infiniment vulnérable face à la force de destruction que l’égo sent battre en lui. La soumission de l’individu à la religion de la désespérance et de la noirceur le place dans une grande illusion de lui-même où il se croit puissant alors qu’il est en réalité exploité à plein régime et sucé jusqu’à l’os par des forces astrales qui se repaissent de sa profonde ignorance et de sa grande immaturité. De nombreux égos dont la sensibilité est à fleur de peau, au point de vivre un malaise permanent au contact d’un monde qu’ils ne comprennent pas, peuvent tomber dans cette extrémité. Leur sensibilité les place à un endroit où cela fait tellement mal d’être en transparence avec autrui que les voiles d’une fausse identité capable d’ériger des murs entre eux et autrui deviennent les seules béquilles disponibles dont ils disposent pour continuer à (sur)vivre. Lorsque l’individu qui touche au grand désespoir de ne vivre que colère, injustice et isolement face au monde parviendra à la compréhension que cette désespérance abyssale est la mémoire de la plus grande des déchirures qu’il a connu lors de la chute de son âme dans la matière et que celle-ci pousse toujours plus dans sa conscience pour qu’il la revive en ayant cette lucidité absolue d’où il vient, il pourra alors s’extirper d’un envoutement qui le maintient prisonnier d’un enfer psychique qui ne respecte en rien la grandeur réelle de qui il est. Il pourra apparaître au monde dans son extrême sensibilité sans plus jamais se sentir menacé car il saura qui il est et aura cessé de se laisser exploiter psychiquement par des forces vampiriques qui ne disent pas leur nom.
Sandrine Vieillard