L’individu qui réfléchit sa pensée est un individu qui vit dans sa tête un dialogue intérieur ininterrompu dont l’une des conséquences est d’aspirer la majeure partie de son énergie pré-personnelle qui est la source de son savoir intégral. Cette aspiration de son énergie, qui équivaut à déposséder l’individu de ce qu’il est réellement, est une mécanique parfaitement huilée qui s’enclenche à partir de la multiplicité des échanges contradictoires qui s’opèrent dans sa tête par le biais du dialogue intérieur. Tant que l’individu donne une valeur de véracité, de validité, ou de guidance à ce dialogue, dont les protagonistes ne sont rien d’autres que le résultat d’une communication télépathique d’entités qui chevauchent sa psyché, il demeure prisonnier de ces incessantes contradictions qui s’expriment au-dedans de lui et qui sont si puissantes qu’il s’y identifie totalement. Ce faisant, et afin de conserver une cohérence interne, l’individu jugera ou prendra des décisions sur la base de la valeur la plus forte qui se sera imposée à lui parmi toutes ces contradictions du dialogue interne. Cela se fait par le truchement de processus corporels qui font vibrer son corps de désir sous une certaine polarité en lien avec la programmation singulière de sa psyché. Du fait de son puissant besoin de cohésion interne, l’individu se donnera raison, toujours par le biais de ces pensées qui le manipulent, d’avoir fait tel choix ou agi de telle façon. De cette manière, la boucle est bouclée et l’individu pourra continuer à se satisfaire de l’idée selon laquelle « il pense donc il est ». Dans un tel contexte, sa vie continue alors à ressembler à une succession de montagnes russes émotionnelles qui le déstabilisent en permanence et le dépossèdent de sa véritable assise identitaire. En mettant son attention sur cette grande mécanique astrale qui vient pianoter sur son corps de désir pour lui insuffler la manière, toujours emprunte des mêmes impressions, dont il vit les évènements et la façon dont il y répond mécaniquement par le simple fait d’être prisonnier des lois de cause à effet s’exerçant sur lui grâce à sa profonde ignorance de la manipulation qu’il subit, l’individu peut commencer par sentir qu’il pourrait potentiellement devenir fou de concevoir qu’il puisse subir une telle emprise psychique. Ce sentiment de devenir fou serait certainement précédé par une révolte intérieure de comprendre qu’il ne jouit d’aucun libre arbitre. Libre arbitre purement psychologique qui chapeaute son identification irrépressible, comme unique rempart contre l’angoisse de ne pas savoir qui il est, à une fausse identité faite des schémas psychologiques limités qui l’habitent et l’habiteront aussi longtemps qu’il ne s’habitera pas lui-même.
Sandrine Vieillard