Le soir venu, lorsque l’individu est conduit à se rappeler les événements qui sont venus émailler sa journée, il observera que plus il parvient à les regarder comme extérieurs à lui-même, c’est-à-dire comme étant étrangers à ce qui est réel en lui, plus il se donne l’espace intérieur pour se dissocier des projections subjectives de sa personnalité que les événements sont venus potentiellement mettre en résonance pour la maintenir dans la sphère psychologique des appréciations ressassées de soi-même, d’autrui ou du monde. Appréciations dont les fondements reposent toujours sur le vague sentiment d’avoir mal fait dans ce monde, comme si aux tréfonds, l’individu portait en lui cette indéfinissable et irréductible culpabilité de ne pas être digne de vivre de toute sa grandeur. Aussi, ces appréciations subjectives, venues des forces descendantes des plans invisibles dont la puissance ne cesse de croitre à mesure que les divisions intérieures venues de ce sentiment d’illégitimité augmentent, maintiennent la personnalité prisonnière de l’ultra-connu en elle qui a force de constituer la matière première de son vécu existentiel devient le tombeau mortifère de sa conscience rabougrie. Celle-ci devient alors le terreau de tous les ennuis, de toutes les angoisses, de toutes les terreurs de l’être qui, coupé de lui-même, ne voit nulle part en lui ou autour de lui un accès qui lui permettrait de reprendre pieds. Cette condition peut devenir à ce point insupportable que l’individu cherchera par tous les moyens à s’en soustraire. Et dans ce cas, il verra deux grandes options : fuir ou renverser l’ordre établi avec l’assise, un peu chancelante au début, de celle ou celui dont la volonté de percer ce qui le rend psychiquement prisonnier devient plus grande que l’effroi de se sentir perdu. À ce point de basculement, lorsque la volonté devient plus forte, l’individu peut s’avancer graduellement vers la découverte de son aptitude à faire de sa vie un objet d’étude intarissable pour en lever tous les voiles qui occultent sa paix intérieure. Dans ce mouvement, il apprend alors progressivement à se décoller de lui-même pour atteindre un autre plan de conscience où il peut commencer à percevoir les lois de l’invisible qui régissent le monde physique et entamer une communication avec les intelligences qui œuvrent selon ces lois, sans se sentir impressionné, diminué ou dépossédé de lui-même. Cette entrée dans les sphères des mondes invisibles, qui lui donne un autre statut dans le sens où il lui permet de réhabiliter sa nature première, confère à l’individu une puissance nouvelle de rétablir en lui son intégrité en se lavant littéralement de tout ce qui lui a laissé croire, aujourd’hui et à travers les siècles passés, qu’il était un être sans destin.
Sandrine Vieillard