Lorsqu’il est proche de lui-même, c’est-à-dire lorsqu’il exerce une vigilance constante pour la construction de son intégrité par la correction permanente qu’il opère sur lui-même dans sa vie quotidienne, l’individu s’ouvre à une forme d’introspection continue pour laquelle il déploie une énergie mentale qui devient le socle de sa conscience à l’œuvre. Cette présence à lui-même qui lui permet petit à petit de sortir de ses multiples automatismes mentaux, comportementaux, affectifs, verbaux,… grandit au fil du temps et lui donne la mesure, incommensurable, du poids des conditionnements qui pèse sur lui et l’emprisonne dans une personnalité faite de la totalité de ses automatismes qui se sont tellement confondus à lui qu’il lui faut tout le déploiement de sa conscience pour progressivement en voir l’étendue et la profondeur. En devenant proche de lui, l’individu s’aventure alors dans cette observation de lui-même pour aller graduellement à la rencontre de ce qui est réel en lui. Ce faisant, il se donne la liberté de découvrir en lui la possibilité de dépasser psychiquement les leviers psychologiques involutifs qui le réduisent et font de lui un être strictement réactif devenu aveugle à qui il est et à qui est l’autre. Cet aveuglement atteignant parfois un tel degré que l’individu, n’ayant connu que les fruits pourris de cet aveuglement, manifesté par des formes de division de toute sorte, n’envisage pas un instant que lui-même peut renverser cette logique et s’extraire de ce jeu qui le dévalue et lui donne ainsi tous les arguments pour à son tour se dévaluer et/ou dévaluer l’autre. De ce jeu sans fin, l’individu ressort toujours perdant car il diffracte l’entièreté de son énergie pré-personnelle qui pourrait lui servir à s’extraire progressivement de la circularité de son ignorance bâtît sur son incapacité à percevoir la grandeur de qui il est. Lorsque l’individu décidera de cesser de jouer dans ce théâtre ou le dénigrement permanent de lui-même, d’autrui et de la vie sous toutes ses coutures fait la loi entre les êtres, il pourra s’occuper de lui-même et commencer alors à se définir.
Sandrine Vieillard