À terme, les humeurs qu’expérimentent l’individu seront amenées à laisser place à une circulation libre d’énergie qui, plutôt que de l’obliger à demeurer « coincé » dans la couleur de ses humeurs qu’il croit être l’émanation de lui-même, lui permettra d’être en mesure d’explorer son monde intérieur pour en découvrir les horizons infinis aptes à lui offrir une vision de lui-même toujours renouvelée. Cette circulation d’énergie servira à recycler les peaux mortes en lui pour faire du connu le levier permanent d’un saut jamais craint dans l’inconnu. Cette absence de crainte constituera le moteur de son expansion psychique. L’individu ne craindra rien qui de près ou de loin voudra l’infléchir dans son identité et dans sa capacité à toujours vivre l’harmonie avec soi et autrui. Il en aura le goût. Un goût indéfectible. Dans ce mouvement, il ne se protègera plus car il n’aura plus besoin de se protéger. Il ne cherchera plus parce qu’il n’aura pas de quête existentielle à assouvir. Il sera lui-même la source vive de sa régénérescence continue et reconnaîtra en l’autre une autre source vive au reflet singulier à laquelle il viendra volontiers s’abreuver pour vivre au plus profond de lui-même la grande joie de créer une alliance entre deux consciences totalement autonomes et totalement ouvertes parce que libérées de toute emprises involutives dont les lois de polarités avaient jusqu’alors exercé sur les psychés les sempiternelles distorsions psychologiques connues et remâchées pouvant se résumer à vouloir assoir une ascendance sur autrui ou encore à tolérer soi-même cette domination de l’autre sur soi et cela, quelles que soient les subtilités perverses que prennent ces mouvements de prise ou de cessation de pouvoir. Lorsque l’individu se sera libéré de ses propres humeurs, il comprendra qu’elles étaient le terreau parfait de cette dynamique pervertie telle une tyrannie imposée à lui-même et à l’autre dont la fonction était de répondre à son insécurité viscérale de ne pas savoir qui il est.
Sandrine Vieillard