L’absence de crainte est un absolu pour l’individu. Un absolu atteignable qui est le point de départ de l’engendrement créatif continu de sa propre existence ainsi que le point final à toute inféodation à plus grand que soi venue des mémoires qui, en lui, l’ont maintenu dans une fausse identité faite de cette profonde et subtile culpabilité de vivre dans un monde dont les lois polarisées ne coïncident nullement avec l’infinité de son esprit. De cette subtile culpabilité de vivre, l’individu a intimement nourri un sentiment d’illégitimité vécu dans un rapport au monde ou, sans toujours se le dire clairement, il a souffert d’un déni d’incarnation manifesté par toute sorte de comportements dont le processus commun à l’œuvre est toujours le même : fuir sa nature première sans comprendre ce qui est à l’origine de cette fuite incessante. Cela donne la mesure de la souffrance latente et continue que l’individu a dû endurer. Et cette endurance est l’indice de son aptitude à absorber les chocs de la vie pour les renverser psychiquement afin de comprendre enfin que tous les évènements oppositionnels qu’il vit sont des formes mensongères et inversées. Comprendre cela et mettre systématiquement en œuvre une étude de ce qui s’oppose à lui dans le but de renverser psychiquement toutes les impressions dépréciées de soi qu’elles génèrent en lui donne à l’individu le levier mental pour cesser de trembler face à la vie dont il comprend les aberrations et la dimension archaïque non pour s’y soumettre ou s’en plaindre mais pour en dépasser les logiques qui veulent se montrer à lui comme implacables alors qu’elles ne peuvent pas résister à la puissance d’une conscience qui sait qu’au-delà des oppositions que la vie lui sert, c’est-à-dire au-delà des formes polarisées de sa vie matérielle, existe un savoir instantané de soi qui est indéfectible et inébranlable.
Sandrine Vieillard