123 La petite musique dans la tête

L’individu peut se demander, lorsqu’il sent que son mental est fortement magnétisé par des pensées ou des impressions qui réduisent le spectre de sa conscience à des préoccupations diverses et variées qui viennent consommer son énergie psychique, comment il lui est possible de s’en défaire. Cette question, très fugace, laisse souvent rapidement la place à une autre vague de préoccupations qui rajoutent, à l’encombrement psychique qu’il vit, une tension supplémentaire l’éloignant davantage d’un point de centricité d’où il pourrait chasser les nuages qui s’amoncèlent dans son paysage mental. Cette agitation dans son mental, qui pourrait s’apparenter au ressac incessant de la mer dans sa tête, finit par devenir une musique lancinante dont l’individu n’envisage même plus de se défaire car ayant les pieds dans l’eau depuis si longtemps, il ne conçoit pas la possibilité que cela soit autrement car tout dans son corps c’est acclimaté, c’est ajusté à ce ressac permanent qu’il reconnaît à terme comme une présence sonore sécurisante en dehors de laquelle il se sentirait potentiellement perdu. Cette accoutumance à l’objet même de ce qui vient vampiriser son énergie première est une forme d’endormissement dont l’individu ne reconnaît plus la nature outrageuse vis-à-vis de sa personne car tout son système nerveux et son rapport au monde se sont réglés sur la petite musique lancinante lui faisant croire qu’elle chante une chanson qui lui ressemble, une chanson qui serait lui, une chanson qui le résumerait, une chanson qui le définirait, une chanson qui le déterminerait. Pris dans ce bercement, l’individu ne peut pas envisager que cette chanson est un mensonge dont le refrain se répète à longueur de temps, effaçant en lui toute expression qui manifesterait une nature incommensurablement plus vaste que ce qui lui est signifié dans sa tête. Bien qu’il l’ait déjà repéré depuis longtemps comme une répétition qui le maintient dans un monde intérieur connu et mort, l’individu aura à la subir et à en souffrir suffisamment pour décider un jour d’en sortir. À partir de ce jour, l’individu sera en mesure de s’arrêter net à l’émission de la petite musique pour décider de la faire cesser derechef et commencer à faire la révolution intérieure à laquelle il a toujours aspiré pour se libérer de ce qui le limitait dans sa conscience.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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