L’angoisse de l’individu, montant en lui comme une menace de dissolution de son être, peut être vécue comme un abyme où l’individu se voit plonger dans une telle lourdeur, un tel marasme existentiel qu’il peut se sentir proche d’une forme de mort intérieure qui déclenche à la fois une grande panique et une grande impuissance, le plaçant à un endroit où il se sent dépossédé de lui-même, aux prises avec les pires appréhensions qu’il peut imaginer dans sa vie et qui sont toujours l’émanation des mémoires traumatiques de l’humanité cristallisées dans ses corps. L’individu doit comprendre que cette angoisse qu’il vit, ressent et envisage comme la zone la plus redoutée de sa conscience est une descente de lumière qui le met face à la réitération des mémoires de sa propre chute sur les plans denses de la matière. Cette angoisse profonde est la manifestation de sa chute originelle qu’il sera amené un jour à approcher sciemment pour en goûter et revivre le gouffre que cela lui fait ressentir sans que d’aucune manière il se fasse emporter car sa compréhension totale de ce qui se joue en lui l’arrimera solidement à une dimension de sa conscience qui saura reconnaître une montée du Yin venant l’étreindre, non pas pour le faire disparaître, mais pour réhabiliter dans les cellules de son corps sa dimension cosmique qu’il a vocation à incarner intégralement de son vivant afin de faire converger et fusionner en lui les énergies du ciel et de la terre. En comprenant cela, l’individu ne redoutera plus les accès d’angoisse qu’il peut vivre mais en fera un levier absolu d’expansion de sa propre conscience.
Sandrine Vieillard