Lorsque l’individu se sent démuni, empêché, dépouillé de ses moyens d’action habituels dans l’existence, il peut toucher, s’il ne cède pas à une dramatisation de sa condition, à un endroit en lui où se concentrent des forces qu’il n’a pas coutume de ressentir et qui l’amènent vers des dimensions intérieures qui grouillent d’une vitalité insoupçonnée, révélant en lui sa propre vastitude qu’il ne peut la plupart du temps approcher du fait qu’il organise sa vie sur un registre d’action ou seules les forces yang de son être s’expriment. La bascule qui s’opère avec la mise à l’arrêt temporaire des forces yang en l’individu déclenche une descente de yin dont la pénétration dans ses corps physique et éthérique l’ouvre à une perception de son incarnation qui ne peut plus être réduite à l’instrumentalisation de son corps au service de lois matérielles qui l’assujettissent à une conscience limitée de lui-même. Quand l’existence « met le paquet » pour interférer avec les forces de résistance yang qui organisent la vie dans la densité de la matière, c’est-à-dire quand l’individu vit une concentration d’évènements venant le placer face à ce que signifie la détérioration de la matière à travers par exemple la maladie ou la mort, celui-ci a alors la possibilité d’envisager la décrépitude de la matière dans une conscience renouvelée, nourrie par cette force yin, qui lui permet de fracasser les limites des formes manifestées sur terre pour entrevoir sa propre continuité de conscience en dehors de toute émotivité qui le plongerait dans un désarroi profond du fait même de son identification aux seuls contours matériels de son être. Cette forme d’éthérisation de l’individu devient, si ce dernier continu dans le même temps à pleinement habiter son corps physique et à investir la matière, une seconde nature qui lui donne la possibilité de traverser les évènements de l’existence en contenant le savoir que rien dans ce monde ne peut plus ébranler la manifestation vivante de sa conscience.
Sandrine Vieillard