La résurgence régulière, dans les corps de l’individu, de la douleur profonde que son âme a traversée lors de sa descente dans les plans denses de la matière peut, entre autres manières, se manifester par un défaut d’incarnation qui s’exprime par une forme de déficit que l’individu peut ressentir dans sa relation à ce que l’on appelle les compétences manuelles et pratiques. Sentiment de déficit qui peut placer l’individu dans une perception de lui-même où il se sent coupé de l’énergie de la matière et du feu intérieur qui s’exprime dans son rapport avec elle. De cette façon, l’individu peut se vivre dans sa dimension mentale et éthérée à laquelle il s’identifie, tout en reconnaissant, lorsque la vie lui présente les évènements qui la déclenchent, une forme d’incomplétude qui le fait discrètement mais profondément souffrir du fait de ce sentiment de vivre dans l’impossibilité de faire jaillir en lui une énergie dépendant de son aptitude à agir sur les matériaux denses de ce monde planétaire. Aptitude qu’il conçoit comme lui permettant de se rapprocher d’un absolu né de son action volontaire sur la structure atomique de la matière menée durant toute l’histoire de l’humanité pour la transformer et la modeler afin d’organiser la vie humaine et d’y créer de la beauté. Cette coupure ressentie vis-à-vis du rapport énergétique à la matière peut tout particulièrement être vécue par les femmes dont la sensibilité plus éthérée les maintient dans une position de réceptivité à la vibration de ce que ces œuvres humaines, issues du travail manuel, produisent sur leurs corps. Cette douleur de l’âme vécue comme une incomplétude doit être comprise et renversée dans un mouvement de réhabilitation d’une identité androgyne, issue de la fusion des principes masculin et féminin, qui conduit ultimement l’individu à devenir à la fois l’émetteur et le récepteur de nouvelles formes construites à partir de sa capacité nouvelle à être en rapport avec la matière dans une conscience dont l’étendue lui permettra d’agir sur elle comme il ne l’avait encore jamais fait auparavant.
Sandrine Vieillard