Il arrivera un temps ou l’individu comprendra définitivement pour lui-même qu’il n’y a rien à attendre de la vie au sens d’une perspective plus ou moins lointaine de bonheur ou d’attente de jours heureux car ce mouvement réflexe de projeter un avenir meilleur fait partie d’une mécanique psychologique qui maintient l’individu dans une position de sursis aux bons vouloirs de l’existence. Ce doux rêve qui englobe et structure la personnalité de l’individu dans des formes variées de projection de ce qui pourrait advenir de mieux pour lui le paralyse dans des formes d’expectatives psychologiques qui sont toujours, à un moment donné ou à un autre, déçues, contrariées, anéanties, ou remises à plus tard. Comme si la vie, dans son flux, était la carotte agitée devant tous les sens en alerte de l’individu en quête d’un épanouissement qu’il ne saisit jamais du fait de sa grande naïveté face au mouvement irrépressible de ses désirs et de ses croyances qui lui ont servi de boussoles pour se donner une orientation dans la vie. Lorsque l’individu arrivera à la compréhension solide, inébranlable que cette mécanique psychologique d’attendre quelque chose de la vie fait partie du mensonge cosmique, c’est-à-dire des voiles qui l’enveloppent pour qu’il ne s’extirpe jamais des lois de cause à effet activées par un conditionnement mental cristallisé dans les mémoires involutives de l’humanité, il sera alors en mesure de neutraliser en lui toutes ses attentes illusoires pour les renverser de façon irrémédiable et en tirer la substance de ses énergies pré-personnelles qui avaient été jusqu’alors dilapidées dans le ressassement permanent d’une psyché occupée à espérer d’abord, et à connaître la frustration ensuite, c’est-à-dire à se dévaluer en permanence. Ce renversement des logiques d’espérance mensongères inculquées depuis toujours à l’individu lui donne alors, à travers la récupération de ses énergies, c’est-à-dire de son savoir intégral, une puissance intérieure lui permettant de traverser l’existence dans une paix et une ouverture complète, car une fois sorti de ces jeux d’espoirs et de déboires, l’individu ne craint plus de vivre en plaçant ses espoirs comme parade. Il vit.
Sandrine Vieillard