L’individu parviendra à la compréhension que le mouvement spontané qui le pousse à croire est un mouvement réflexe de son mental inférieur consistant à fixer une pensée, c’est-à-dire une énergie, pour lui donner une valeur et la réfléchir à loisir afin de se donner une sorte de justification à sa propre existence. Cette fixation et cette coloration de l’énergie qui arrive dans le mental de l’individu revient à cristalliser et à scléroser la libre circulation de son essence fondamentale. Ce faisant, l’individu s’enferme dans une connaissance de lui-même fondée sur une accumulation de systèmes de valeurs dont l’agencement imparfait le conduit toujours vers une forme de contradiction avec lui-même ou avec autrui. Aidée des influences familiales, sociales et culturelles, cette architecture intérieure devient sa propre identité à laquelle il reste attaché par le biais des mécanismes supposément imparables de son mental involutif l’amenant à croire, à juger, à polariser et aussi à douter, à ne plus savoir, à souffrir de cet agencement imparfait dans sa tête. Ce sentiment d’imperfection permanent pousse par ailleurs l’individu à se dévaluer ou à dévaluer l’autre constamment et à vivre chaque jour un peu plus avec un sentiment d’impuissance. Cette impuissance devient alors le chiffon d’éther placé sous le nez de l’individu pour l’endormir et le maintenir dans un état archaïque où son égo a certes le sentiment puissant d’exister du fait des multiples mouvements émotifs qu’il traverse, mais sent confusément dans le même temps que cette condition ne coïncide pas avec l’idéal de perfection qui vibre en lui. Lorsque cette dissonance devient trop manifeste aux tréfonds de lui, l’individu est alors prêt à commencer à lever les voiles et renverser ce sentiment d’impuissance mensonger.
Sandrine Vieillard