Dans son état involutif, la conscience de l’ego est régulièrement trompée par son mouvement réflexe de se réfléchir afin d’éprouver une cohésion interne fondée sur la recherche permanente de sécurité consistant à se donner raison dans l’agencement des raisonnements qui émanent du mental pour composer avec la vie. Cela peut se traduire par ce que certains désignent comme le sentiment même de soi présenté comme l’expression d’un haut degré de conscience chez l’individu qui plus est prend l’entière responsabilité de ses raisonnements pour trouver un positionnement dans le monde. Sentiment de responsabilité débouchant sur l’idée tenace et totale, issue de son expérience limitée de la conscience, qu’il est doté d’un libre arbitre. Or, cette expression involutive de la conscience de l’égo est la mécanique même de ce qui opacifie la conscience de l’individu pour la maintenir dans un périmètre très étroit circonscrit à ce sentiment même de soi fait de l’accumulation des impressions qui ont formé, au fil du temps, une manière singulière de se sentir en lien avec soi-même et en lien avec autrui. Remettre en cause ces impressions suscite le plus souvent chez l’individu un mouvement de rejet radical car ces dernières constituent les piliers identitaires de l’égo. Toucher à cela, c’est faire mourir les couches identitaires, c’est-à-dire les croyances, les systèmes de valeur, les certitudes, les partis pris, ou les filtres à travers lesquels nous comprenons intellectuellement et émotivement le monde et nous-même. Il est donc normal que le retrait de tous les habits de l’égo suscite un puissant réflexe de résistance qui sera d’ailleurs le fruit d’une rationalisation parfaite que l’égo se donnera pour ne pas aller à la rencontre de ce qui est inconnu, et souvent réel, en lui. On comprend ici que ce mouvement d’ouverture ne se décrète jamais égotiquement. Il émerge généralement par des chocs de vie qui ébranlent suffisamment la conscience de l’égo dans ce qu’il croyait être les piliers de son existence pour aller voir un peu plus loin et explorer le réel en lui.
Sandrine Vieillard