La femme parviendra un jour à faire vibrer en elle la source lui permettant d’éradiquer toute trace mémorielle pouvant lui laisser croire qu’elle ne peut exister pleinement que dans l’attente et, à terme, la soumission à un autre qu’elle. Cette attente est un mensonge. C’est l’ultime mensonge qui a poussé la femme durant des siècles à demeurer dans le sacrifice d’elle-même et à se présenter à l’homme sous cette forme sacrificielle la défigurant à ses yeux propres comme aux siens. Sous cet angle, la femme ne peut se connaître et l’homme ne peut donc voir qui elle est puisqu’elle s’ignore elle-même par son manque d’identité. Faire cesser tout ressort psychologique s’apparentant de près ou de loin à une forme de mise en suspens d’une part ou de la totalité d’elle-même sous prétexte de remettre son destin entre les mains d’un homme aveugle à sa sensibilité, est pour la femme une manière de faire advenir au grand jour la grandeur du réel en elle. C’est faire naître la femme nouvelle, intégrale qui saura faire vibrer sa totale identité dans la vie sans avoir besoin d’aucune validation extérieure à elle. C’est en faisant mourir en elle tout voile psychologique tissé sur la trame du bagage mémoriel de l’humanité emprunt de tous les martyres subis, que la femme apparaîtra vierge de tout mensonge propre à la défigurer dans ses corps et dans son âme. Elle connaîtra enfin de quoi elle est faite. Consciente d’elle-même, forte de son identité, la femme pourra alors incarner totalement son mouvement naturel à aimer et à faire grandir la beauté dans ce monde. Dès cet instant, l’homme saura qu’il n’aura pas d’autre choix que de se corriger et d’arriver à bout de toutes les forces l’ayant dominé pour dominer la femme, afin d’aller à la rencontre de celle qu’il reconnaîtra définitivement comme son égale.
Sandrine Vieillard