Supporter seul son savoir, cela signifie, entre autres, pour l’individu de prendre la mesure à l’intérieur de sa conscience de l’étendue du mensonge cosmique qui régit la vie des hommes et des femmes sur cette planète. C’est comprendre que la mesure qu’il prend de ce mensonge n’en est qu’à ses débuts et dépend du niveau de conscience auquel il est lui-même parvenu. Plus cette mesure grandit, plus la souffrance de l’individu peut être aiguë parce que sa sensibilité atteint un tel degré qu’elle l’amène à percevoir de plus en plus les subtilités de l’action de l’invisible sur les psychés humaines. Cette mesure n’est jamais prise de son plein gré mais plutôt dictée par des forces évolutives qui l’obligent, par des mises en initiation régulières, à anéantir en lui-même toutes les formes de dualité accumulées au fil des siècles dans sa mémoire et dans ses corps physique et éthérique. Ce mouvement d’anéantissement n’est pas un mouvement naturel de l’égo qui a plutôt tendance à résister à toute forme de remise en cause de ses fondements identitaires le liant au sentiment même de soi et au sentiment d’appartenance à la communauté des Hommes qui sont les deux facettes d’une même pièce égotique cristallisée sur la base de mémoires ancestrales. Lorsqu’il s’agit pour l’égo de se défaire de ces croyances, alors ce sont toutes les assises connues de lui-même qui partent en lambeau sans qu’il y ait en contrepartie une autre assise connue qui se présente à lui pour amortir le choc. C’est alors que l’ego souffre, potentiellement résiste, et vit une sorte de destruction mentale accompagnée au début d’une incompréhension de ce qu’il traverse. C’est avec le temps que l’individu comprend que cette tension interne qui fait voler en éclat tous les repères dont il usait par le passé pour fonctionner avec lui-même et avec autrui est un processus dynamique de transmutation profonde de son ego. Plus l’individu le comprend tôt, plus il est en mesure de suivre le cours de sa transmutation avec toute l’intelligence et la capacité à endurer le temps dont il est capable. Ce faisant, il comprend qu’il vit un changement radical de conscience qui le conduit vers un horizon où sa vie ne pourra plus s’appuyer sur du connu mais sera la manifestation de son propre pouvoir créatif.
Sandrine Vieillard