Dans sa vie sociale et professionnelle, l’individu peut être soumis aux forces d’égrégores, par exemple institutionnels, qui le placent systématiquement dans une position d’assujettissement, le plus souvent acceptée, et implicitement justifiée par le sens du devoir qui lui a été inculqué dès son plus jeune âge vis-à-vis du groupe humain. Ces égrégores sont le ciment du lien entre l’individu et le karma social. Ils le structurent à tel point que l’individu fonctionnant sur la base du principe de loyauté qui découle de son sentiment d’appartenance au groupe, se vit comme faisant partie intégrante des systèmes de valeurs et des cadres psychologiques que ce karma génère pour le maintenir dans son giron. Ce lien d’appartenance est parfois si fort que l’individu construit son propre système de valeur personnel en miroir et s’identifie totalement à des cadres extérieurs à lui qui légitimisent sa propre existence dans la vie sociale. Cette identification est le terreau d’un système d’identification qui offre à l’individu les piliers nécessaires à son sentiment d’être (utile) au monde. Lorsque l’absurdité des contradictions multiples issues de ces égrégores qui génèrent systématiquement, à dessein, la division interne et la division entre les individus devient de plus en plus évidente pour l’individu, lorsque ce dernier développe une sensibilité venue de son centre pour exercer un discernement de plus en plus fin à l’égard des forces descendantes à l’œuvre maintenant en place les liens d’assujettissement entre lui et les différentes formes que prend le karma social, alors l’individu comprend l’urgence de s’en extirper pour développer une intelligence fondée sur le respect intégral de sa personne et celle d’autrui. Graduellement, l’individu apprend à faire cesser toute forme de pression sociale tout en développant progressivement sa capacité à contenir seul son propre savoir. Dès lors, il devient apte à entrer en communication avec autrui dans le respect intégral de ce dernier sans que la relation qu’il établit le rende prisonnier de liens d’assujettissement subtilement infusés dans sa psyché par la voie des conditionnements familiaux, culturels, sociaux et politiques qu’il a connus jusqu’alors. Ce faisant, il se rend libre et rend potentiellement l’autre libre à son tour.
Sandrine Vieillard