L’impression de ne pas savoir est la manifestation la plus puissante du mensonge cosmique sur la psyché de l’individu. Elle peut prendre différentes formes qui conduisent régulièrement, si ce n’est systématiquement, l’individu à se tourner vers une source extérieure à lui-même ou, plus subtilement, à des croyances enfouies en lui-même dans le but de trouver une résolution à cette tension permanente mais subtile qu’il sent en lien avec le sentiment de ne pas savoir. Cette tentative de résolution équivaut à tenter de trouver un appui psychologique permettant d’assoir sa propre identité. Dans ce domaine, il existe quantité de béquilles psychologiques sur lesquelles l’individu pense pouvoir trouver une validité à ce qu’il est. Ces béquilles, ces appuis, ces croyances, ces systèmes de valeur, ces modes de réflexion sur soi-même constituent un immense vivier de repères que l’individu à pris l’habitude de s’approprier pour savoir qui il est. Un jour, l’individu comprendra que ce vivier n’est pas une source de liberté mais au contraire un piège mémoriel pervers, puisque incrusté dans ses corps, dans lequel il dépense, jusqu’à sa mort, la totalité de son énergie dans l’objectif de se connaître. À terme, l’individu comprendra que ce vivier est la mort même qui renferme toute l’étendue du connu dont l’humanité a fait l’expérience souffrante jusqu’à ce jour. Fort de cette compréhension, l’individu sera en mesure de tourner le dos à cette source mensongère d’imposition d’un soi fictif sur soi pour arracher aux plans invisibles la matière même de quoi il est fait, se réapproprier sa nature cosmique et comprendre que sa conscience est sans limite. Ne cherchant plus à se comprendre par l’entremise du connu, la conscience de l’individu accède alors à son propre savoir.
Sandrine Vieillard