Ne pas croire est un mouvement psychique de l’individu né de sa volonté et de son intelligence à faire éclater toutes les formes de son expérience susceptibles de colorer son mental pour l’infléchir vers une polarité ou une autre sachant que ce jeu de dualités (agréable-désagréable, bien-mal, rassurant-menaçant, vrai-faux, …), le maintient dans une vision psychologique, non réelle de lui-même. Ne pas croire, c’est, pour l’individu, avoir la capacité de ne donner aucune valeur aux formes qui structurent sa vie, tout en s’habitant pleinement dans le respect intégral de lui-même et d’autrui, pour accéder au revers du monde visible afin d’en comprendre l’orchestration invisible et, à terme, se savoir au-delà des impressions que font résonner les formes dans sa mémoire. Ne pas croire est, pour l’individu, une façon radicale de s’extraire du connu, c’est-à-dire du bagage mémoriel de l’humanité qui pèse sur son psychisme et le limite dans la vision qu’il a de la vie. En cessant de croire, l’individu réhabilite en lui un noyau identitaire qui le relie à sa dimension cosmique. En cessant de donner de la valeur psychologique aux formes qui se présentent à lui, l’individu arrache patiemment un à un les voiles de sa personnalité qui opacifient son identité cosmique. En cessant graduellement de croire, l’individu parvient à la compréhension que ces voiles tenaces avaient pour rôle involutif de le maintenir dans un entrelacs de croyances dont il s’est toujours su prisonnier sans savoir comment s’en libérer. En cessant de croire, l’individu fait un pas vers le réel en lui jusqu’alors occulté.
Sandrine Vieillard