L’individu se sait individu par le sentiment même de soi dont il sent les nuances se présenter en continu dans sa vie. Il les sent, les subit et les réfléchit sans jamais les envisager comme pouvant être un mensonge de lui-même parce que l’expérience qu’il en fait dans la matière lui donne l’impression immédiate et directe que ce sentiment même de soi, c’est lui. Pourtant, si cette impression est tangible jusque dans les cellules matérielles du corps, elle n’est que l’expression des couches mémorielles de l’humanité inscrites dans ses corps physique et éthérique. En vivant l’impression du sentiment de soi-même comme la définition de soi, l’individu fait l’expérience mensongère d’un recouvrement parfait entre le bagage mémoriel de son âme et l’expérience qu’en fait son égo. Dit autrement, l’individu reste prisonnier de la charge mémorielle de l’humanité qu’il porte selon une configuration qui lui est propre dans le cadre de son expérience planétaire. Dans ces conditions, l’individu ne dispose de rien d’autre que du cadre connu de l’histoire humaine pour interpréter sa propre expérience. Sur la base de ce connu, il alimente, par le biais du périmètre habituel d’interprétations psychologiques, une perception de soi et des autres qui le maintiennent dans la connaissance de plus en plus sophistiquée du monde, mais l’éloigne d’un savoir sur lui-même, c’est-à-dire d’une conscience expansive de lui-même.
Sandrine Vieillard