Lorsque l’individu croit en ses pensées, il se laisse emmurer dans le cocon des impressions qui se forment dans son esprit et qu’il croit être lui. Cette identification aux pensées qui entrent dans son mental est telle que l’individu n’a pas l’espace psychique suffisant pour se questionner sur ce qui, dans sa tête, le fait passer d’une polarité à une autre sans jamais trouver la paix à laquelle il a droit. Cette manière de prendre les pensées comme un reflet de lui-même créée chez l’individu la sécurité nécessaire pour que son égo se sente exister. Cela lui permet de naviguer dans le périmètre connu et limité du mémoriel humain. Bagage mémoriel d’où viennent les pensées envoyées dans sa psyché et auquel ses corps résonnent instantanément du fait qu’ils contiennent dans leur matière la densité de ces mémoires. La boucle est bouclée. L’individu croit à ses pensées et se donne raison de croire à ses pensées parce qu’il ressent dans sa chair les impressions colorées de celles-ci. Comment l’individu peut-il alors comprendre et intégrer que les pensées viennent d’ailleurs ? Comment peut-il accepter le fait que sa volonté égotique construite à partir des choix établis sur ces pensées est une illusion sans craindre que s’effondre en lui tout l’édifice d’un système de valeur fondé sur le libre arbitre ? Il est possible que l’individu refuse catégoriquement cet effondrement parce que l’immensité de ce que cela signifie pour lui est trop insupportable à vivre. Il est aussi possible que l’individu pressente plus ou moins confusément en lui l’existence d’une dimension qui dépasse ses limites psychologiques et le pousse à examiner les contours de sa conscience pour un jour découvrir qu’ils sont sans limite.
Sandrine Vieillard