Pour un individu en évolution de conscience, l’illusion du libre arbitre peut longtemps paraître un puits sans fond. En effet, son égo est forgé d’une telle densité de mémoires et forme avec ses corps un bloc tellement compact de croyances et d’influences mensongères qu’il prend tout pour lui et ne voit nulle part en lui d’horizon à franchir pour faire éclater tout ce qui le maintient dans une vision et une expérience circulaire de lui-même. Après plusieurs années de vie, l’individu peut sentir cette fatigue de soi qui marque sa sensibilité accrue à la prison qu’il est, du fait de ses illusions, pour lui-même. Arrivé à ce degré d’écœurement, il contient en lui suffisamment de feu pour décider de ne plus croire ni ses doutes, ni ses interrogations, ni ses hésitations, ni ses tentatives de rationalisation. Il commence alors à les analyser un à un pour en déceler l’origine occulte et inverser la logique de domination qu’ils exercent sur lui. Dans cette entreprise, l’individu devient roi. Il s’habite, s’étudie, et crée petit à petit de l’espace psychique en ne perdant jamais de vue qu’autrui est pris dans le même marasme que lui. Sachant cela, l’individu qui œuvre par son discernement pour se libérer de ce qui l’assujettit ne peut plus faire usage de ce qui est intelligent en lui pour juger l’autre. Cela lui devient impossible.
Sandrine Vieillard