L’individu mène généralement sa vie en étant guidé par des attentes qu’il juge en toute bonne foi comme étant légitimes. Ce mouvement spontané de projection de soi vers l’extérieur est d’ailleurs considéré comme propre à son fonctionnement psychologique normal. Ce faisant, l’individu ne remet jamais en question l’existence même de ses attentes. Pourtant, il est régulièrement amené, du fait des événements oppositionnels de sa vie, à s’interroger sur le degré d’adéquation de ses attentes face à ce qui lui est renvoyé par l’existence. Parfois, il arrive que l’individu décide de se couper de ses attentes dans un réflexe de protection à l’égard de tout ce qui pourrait générer une possible frustration. En faisant cela, il crée une autre attente fondée sur la croyance que ce système de protection lui permet de s’épargner trop de déceptions. Immanquablement, outre le fait qu’elle le coupe de l’autre, cette stratégie psychologique le jette dans une nouvelle désillusion. La boucle est bouclée, entraînant l’individu dans une logique psychique circulaire qui, s’il l’examine de prêt lui paraîtra anormale, limitante, insupportable. Bref, anti-Homme. Parfois, la quantité de frustrations accumulées est telle qu’elle lui sert à renforcer un système de valeur ou un parti pris qu’il brandira pour se donner raison face à l’injustice vécue et à blâmer alors tous les événements et les individus qu’il jugera responsable de ce qu’il vit. Arrivé à un haut degré de saturation, l’individu peut aussi décider de changer quelque chose dans sa façon de considérer les événements de la vie afin d’être moins assujetti aux frustrations causées par ses attentes insatisfaites. Ce changement l’amène vers l’examen de ce que sont les pensées et par extension les attentes qu’elles génèrent. De cette étude, il pourra à terme comprendre que les attentes sont anormales et sont l’un des plus hauts degrés d’assujettissement qu’il puisse connaître. Il comprendra qu’elles sont l’expression de son corps de désir qui renferme en lui toute la mémoire des schémas psychologiques involutifs à partir desquels l’humanité a vécu la division. Quand l’individu s’ouvre à la compréhension des sources de la division, émerge en lui un mouvement puissant tourné vers la volonté de s’en affranchir pour, à terme, connaître l’unité en lui et conquérir ainsi sa liberté psychique.
Sandrine Vieillard