Lorsque l’individu blâme, juge, apprécie, évalue autrui en se fiant à des systèmes de valeur qui lui confèrent le sentiment d’être soi, il tombe dans un piège occulte qui se referme immédiatement sur lui car tout ce qu’il projette sur l’autre est un condensé de voiles entre lui et autrui. Ces voiles polarisés ne sont jamais le reflet du réel en soi et du réel en l’autre. Dit autrement, ces voiles opacifient, distordent, et finissent par anéantir le réel pour ne laisser la place qu’au principe de la diffraction. De cette manière, l’individu se coupe de l’autre et devient aveugle à lui-même. Ce faisant, il vit dans un mensonge et en ressent les multiples tensions qu’il s’efforce de juguler en tombant dans un autre piège, celui de la réflexion. Dès lors que l’individu se réfléchit, il se donne raison. Il peut se donner raison toute sa vie sans jamais voir que le problème n’est jamais l’autre, lui-même ou encore l’événement (qui n’est qu’une forme), mais plutôt les voiles polarisés qui agissent comme des mouvements vampiriques de la pensée. Lorsque l’individu comprend et intègre que les pensées viennent d’ailleurs, il est alors en mesure de faire le ménage dans son mental et cesser d’être l’esclave des forces qui s’exercent sur lui pour le maintenir dans des états vibratoires auxquels ces forces s’abreuvent. La compréhension que les pensées viennent d’ailleurs est encore inacceptable pour un individu dit cartésien ayant baigné dans la culture du libre arbitre. Avec le temps, l’individu cartésien, surtout s’il est doté d’un esprit scientifique, trouvera dans l’explication occulte des événements de la vie un terrain d’étude grâce auquel la structure renouvelée de sa psyché prendra expansion et gagnera en intelligence face au vivant.
Sandrine Vieillard